lundi 7 décembre 2009

Comment vous donner des nouvelles?


Bonjour à tous!

Un petit mot pour confirmer la fin de ce carnet Web. Je me retire dans mes terres d'écriture. Merci à tous les lecteurs, ç'a été un plaisir de lire vos commentaires. À une prochaine!

Michel Pleau

samedi 19 septembre 2009

Giuseppe Ungaretti


Je viens de lire la correspondance entre Philippe Jaccottet et Giuseppe Ungaretti, publiée en 2008 chez Gallimard. Magnifique leçon de poésie! À un certain moment, Ungaretti invite Jaccottet à participer à un colloque. La réponse de ce dernier est sublime et devrait être méditée par nos poètes qui carburent à la reconnaissance:

"je ne sais, ne puis ni ne veux parler en public, pour beaucoup de raisons; ni entrer dans ce qu'on nomme les milieux littéraires, ni passer pour un poète. Car de plus en plus je ne rejoins la poésie qu'en disparaissant du monde, en quelque sorte. C'est une méthode absurde peut-être, mais la seule qui me maintienne en vie."

Cela m'a donné le goût de relire des passages de Vie d'un homme, Poésie 1914-1970, de G. Ungaretti. Voici un extrait de poème que j'avais souligné en 2004 et qui fait penser à cette fin d'été:

"Les raisins sont mûrs, le champ labouré,

La montagne se détache des nuages.

Sur les miroirs poudreux de l'été
L'ombre est tombé,

Entre les doigts incertains
Leur lumière est claire
Et lointaine.

Avec les hirondelles s'enfuit
Le dernier déchirement."

Giuseppe Ungaretti, Vie d'un homme, Poésie 1914-1970, Éditions Gallimard, 2000. (p. 161)

vendredi 4 septembre 2009

Le traversier


C'était une belle soirée pour prendre le traversier Québec-Lévis et admirer le fleuve. J'en ai profité pour photographier ma ville. Voici un haïku d'Hélène Leclerc en accompagnement à cette image:

traversier
la montagne monte
et descend

Hélène Leclerc, Cette lumière qui flotte, Éditions David, 2009

jeudi 3 septembre 2009

Souvenirs d'été (2)



Un autre beau moment de l'été: mon après-midi à l'atelier de l'artiste-peintre Claire Boucher. J'ai été ému par ce lieu, tout simple, (acrylique, pastel, graphite, crayons de couleur, papiers, toiles) profondément habité et à l'écoute du monde. J'ai également visité la Galerie-boutique Manu Factum à Nicolet où il est possible de voir les oeuvres récentes de l'artiste. Et ces deux magnifiques fleurs de Claire, je voudrais les accompagner d'extraits d'un poème de Rilke intitulé Les roses:

"De ton rêve trop plein
fleur en dedans nombreuse,
mouillée comme une pleureuse
tu te penches sur le matin (...)

Été: être pour quelques jours
le contemporain des roses;
respirer ce qui flotte autour
de leurs âmes écloses (...)

Seule, ô abondante fleur,
tu crées ton propre espace (...)"

Rainer Maria Rlike, Vergers, Gallimard, 1926

mercredi 2 septembre 2009

Souvenirs d'été

Un beau moment de l'été 2009: mon séjour chez le poète Pierre Chatillon. De longues discussions sur la vie et la poésie, visite de la Maison Rodolphe-Duguay à Nicolet et superbe promenade en bateau sur le lac Saint-Pierre. Pour donner une idée de l'atmosphère de cette sortie sur le lac, voici un extrait du très beau recueil Les Chants:

"j'ai besoin de me saouler d'air pur
j'ouvre une bouteille de rayons liquides
et l'alcool de l'été me réchauffe le corps
je fonce à grande vitesse
en direction du lac Saint-Pierre
je bats la mesure
j'écoute la musique de la lumière
qui pulse au rythme de mon moteur
des trompettes d'or célestes
sonnent de joie à mes oreilles
flûtes et clarinettes sifflent dans le vent
et c'est toute la section des cordes qui s'anime
dans le frisson des vaguelettes
crescendo de vitesse qui m'enivre
concerto pour bateau
et orchestre d'air et d'eau" (...)

Pierre Chatillon, Les Chants, Écrits des Forges, 2001

mardi 1 septembre 2009

Les commencements


Je viens de terminer le tout nouveau recueil de Guy Goffette: Tombeau du Capricorne aux Éditions Gallimard. Depuis ma lecture d'Éloge pour une cuisine de province en 2000, je ne manque aucune nouvelle publication de ce poète d'origine belge. Les premières lignes sont extraordinaires, le lecteur embarque immédiatement dans le rythme du poème. Voici le tout début du livre:

"Les commencements sont nombreux, mais c'est toujours la même histoire,
celle d'un homme que le petit matin dans la rue saisit par le col,
alors qu'il était sorti pour acheter une baguette à la boulangerie.
Et voilà que ce qu'il croyait établi dans sa vie, le chemin tracé, une femme avec un chat parmi les livres,
voilà que la rue humide et riante sous le premier soleil avec son odeur de nouveau-né,
flanque tout par terre, le petit matin, le ciel, le chemin, la boulangerie,
et lui ne sait plus rien tout à coup (...)"

lundi 10 août 2009

L'arbre le temps


Tout à l'heure, je faisais du ménage dans ma bibliothèque. C'est avec émotion que j'ai relu des passages d'un très beau livre du poète français Roger Giroux (1925-1974): L'arbre le temps édité au Mercure de France en 1964. Seul L'arbre le temps fut publié de son vivant. Ses autres livres sont posthumes. Il avait volontairement décidé de ne plus publier. Voici un poème que j'aime beaucoup:

"Un oiseau, lorsqu'il va, sur la mer,
Porter mémoire de la terre à la limite de ce jour
De lumière et d'amour, un oiseau...

Comment dire cela sans défaire l'ouvrage
Des yeux, des mains, et de tout le visage,
Et sans briser en nous l'oiseau et le langage...
Comment dire cela sans rougir, et se taire?

Toute oeuvre est étrangère, toute parole absente,
Et le poème rit et me défie de vivre
Ce désir d'un espace où le temps serait nul.
Et c'est don du néant, ce pouvoir de nommer

Un oiseau, lorsqu'il va, sur la mer, comme on respire,
Cet instant qui ne dure que pour mourir, là-bas,
Depuis le commencement du monde jusqu'au dernier naufrage,
Et peut-être plus loin, vers la dernière étoile,
La première parole, ô comment dire cela..."

Roger Giroux, L'arbre le temps, p. 37

lundi 3 août 2009

Tous les horizons


Je viens de terminer la lecture d'une petite plaquette de poésie de Rainer Maria Rilke, tout juste réimprimée chez Actes Sud: Le livre de la pauvreté et de la mort. Voici un extrait:

"Que je sois le veilleur de tous tes horizons...
Permets à mon regard plus hardi et plus vaste
d'embrasser soudain l'étendue des mers.
Fais que je suive la marche des fleuves
afin qu'au-delà des rumeurs de leurs rives
j'entende monter la voix silencieuse de la nuit.

Conduis-moi dans tes plaines battues de tous les vents
où d'âpres monastères ensevelissent entre leurs murs,
comme dans un linceul, des vies qui n'ont pas vécu..." (p. 18-19)

vendredi 31 juillet 2009

Se promener!


Je viens de terminer la lecture d'un essai intitulé Marcher une philosophie publié aux Éditions Carnets Nord en 2009. 302 pages de méditations sur cette "activité" toute simple: la marche à pied. L'auteur, Frédéric Gros, professeur de philosophie, parle de la marche comme d'un acte philosophique: la solitude, le silence, la lenteur, la fuite, le pèlerinage, la flânerie, l'expérience spirituelle... Vive les "penseurs en semelles"! Voici un court extrait:

"Marcher, comme on dit, cela vide la tête. Bien autrement, marcher remplit l'esprit d'une autre consistance. Pas celle des idées ou des doctrines, pas au sens d'une tête bourrée de phrases, de citations, de théories: mais pleine de la présence du monde. C'est cette présence qui dans la marche s'est, par alluvions régulières, déposée dans l'âme tout au long du jour." (p. 135)

jeudi 23 juillet 2009

Le château de sable


Dans les derniers jours, j'ai relu Le château de sable, récit autobiographique du poète Pierre Chatillon. C'est un livre immense! À mettre entre les mains de tous ceux qui aiment la poésie. Une lecture essentielle pour les étudiants en création de nos universités et pour les participants des ateliers d'écriture. Un livre qui nous ouvre le regard.

Il est difficile, pour moi, de résumer un livre aussi important. Il a éveillé toutes sortes de questionnements et de souvenirs. Tout au long de ma lecture, j'ai noté mes impressions et souligné abondamment des passages très éclairants. D'ailleurs Le château de sable est un livre de lumière, il éclaire le lecteur. Dans ce sens, je n'hésite pas à comparer Chatillon à un souffleur de braise. Son écriture rallume chez le lecteur des feux qu'il croyait endormis. Dans ce récit, la poésie reprend vie!

On peut consulter la fiche complète du livre en visitant ce lien des Éditions David:

http://www.editionsdavid.com/notre_catalogue/sable.php

"L'histoire de la littérature classe les auteurs par ordre d'importance, séparant les grands écrivains des écrivains dits mineurs. Le passionné de poésie ne tient pas compte de ces catégories. Il se nourrit de tous les fruits et découvre parfois dans un buisson moins connu les baies magiques qui lui redonnent les couleurs de la vie. Je suis un insatiable lecteur, j'ai toujours aimé fouiller parmi des oeuvres rares et j'y ai parfois trouvé ce que j'appelle des chefs-d'oeuvres inconnus" (p. 227)

vendredi 17 juillet 2009

Roland Giguère



Cette nuit j'ai peint une toile.

Et j'ai repensé au grand Roland Giguère et son livre Forêt vierge folle. Un superbe chapitre, que j'ai abondamment souligné, s'intitule: Le visage intérieur de la peinture. Voici deux extraits:

"Chaque tableau naît d'une périlleuse descente. Images arrachées à la nuit tenace et vorace qui nous entoure. Le peintre rescape les images, chacune plus ou moins noyée au fond de l'être." (p. 27)

"Les visiteurs viennent. Ils se penchent, regardent avec attention, observent. Curieux... Étrange... "Mais où veut-il en venir?" Il veut en venir à la vie, monsieur, voilà où il veut en venir!" (p. 30)

jeudi 16 juillet 2009

Séraphine


Comme plusieurs, j'ai été très touché par le film Séraphine. Je viens de terminer la lecture du livre de Françoise Cloarec, La vie rêvée de Séraphine de Senlis, publié aux Éditions Phébus. L'auteure est psychanalyste et peintre, diplômée des Beaux-Arts de Paris. Voici deux extraits:

"De ses ombres intérieures, de ses désirs enfouis, de ses blessures, Séraphine va faire des fleurs." (p. 47)

"Peindre est la façon qu'elle a trouvée pour exister." (p. 161)

lundi 13 juillet 2009

La montagne vide


La montagne vide est une précieuse anthologie de la poésie chinoise du III ième au XI ième siècle. Traduit et présenté par Patrick Carré et Zéno Bianu, ce livre rare nous permet de cheminer avec les sages, les maîtres et les grands poètes classiques de la Chine. On y entend la parole de poètes vagabonds. Ce sont des "poèmes-randonnées" qui nous invitent à prendre les sentiers. Voici un texte magnifique de Tso Sseu, poète qui a vécu de 250 à 306 de notre ère:

À LA RECHERCHE DE L'ERMITE

"Canne au poing, je recherche l'ermite
Par un chemin abandonné en travers du temps.
Comment accéder à sa grotte dans la paroi?
La montagne résonne à son luth...

Les nuages blancs se heurtent au promontoire de l'ombre,
Les fleurs rouges s'allument au bois de lumière.
Entre les pierres, je bois à la source d'ambroisie
Où virevolte un éclair d'écailles.

Cordes et vents sont de trop
Quand le paysage est pure musique.
À quoi bon le chant des hommes?
- Les arbrisseaux savent pleurer.

J'ai pour me nourrir les chrysanthèmes,
Des pans d'orchidées pour me vêtir.
Pris de doute mon pas hésite:
J'en jetterais ma coiffe!"

Tso Sseu

jeudi 9 juillet 2009

Une pierre de Guillevic


Rien de mieux qu'un bon vieux poème de Guillevic pour terminer une superbe soirée d'été. Enfin!

"Si un jour tu vois
Qu'une pierre te sourit,

Iras-tu le dire?"

Eugène Guillevic

mercredi 8 juillet 2009

"Mais si simple est la beauté des choses"


"Mais si simple est la beauté des choses". Ce vers magnifique est extrait du recueil de Marcil Cossette intitulé Sur le parvis des nuages, publié ce printemps aux Éditions David. Un des beaux livres de 2009, on y entend une voix d'une grande maturité poétique. Je souligne la très émouvante couverture du livre; un arbre, seul, devant l'immensité du ciel. Magnifique! Pour plus de détails, on peut se rendre sur le site des Éditions David:

http://www.editionsdavid.com/notre_catalogue/parvis.php

Voici un extrait du recueil:

"Dites-moi
Pierres
Témoins des dieux
Déjouant le temps
Et les grandes eaux
Galets de velours
Avalées par les brumes
Sans âge ni âme
Sans rides ni rigoles

Comment vous reproduisez-vous"

mardi 7 juillet 2009

Louis Guillaume


Le poète Louis Guillaume (1907-1971) fut l'ami de Gaston Bachelard avec lequel il eut une importante correspondance. Elle vient d'être publiée aux Éditions La Part Commune. Il existe une association "Les Amis de Louis Guillaume" et un site internet www.louis-guillaume.com. J'aime très profondément sa poésie. Voici un extrait d'un poème intitulé "Ombelles":

"L'ombre d'une hirondelle sur l'ardoise,
son double dans l'étang à l'orée du village
où l'église est close au milieu des tombes,
où le boucher trône en plein sang,
voici le bouquet sans joie que je t'apporte.
Mais voici ton bras chargé de fleurs sauvages,
ta robe où soleil et nuit se mèlent,
ton pas qui trace un chemin droit
à travers la peine des hommes,
ton regard où tous les oiseaux se réunissent,
et l'ombre se transforme en flammes,
les bêtes vivent de nouveau,
les arbres plient sous les prières.
Tu souris d'être simplement présente,
toi qui dispenses la richesse"

Louis Guillaume

lundi 6 juillet 2009

Un mot de Pierre Chatillon


Mon ami Pierre Chatillon, un de nos grands poètes, m'a écrit un mot très touchant au sujet de ce blog. Je voulais simplement partager ma joie et mon émotion:

"On entre dans ce blog comme dans un sous-bois. On s'y sent bien. Apaisé. La poésie y pousse à l'état naturel, comme la fougère. On oublie les tristesses, les lassitudes. On recommence à croire à l'émerveillement. C'est un ruisseau où on lave nos yeux fatigués."

Pierre Chatillon


dimanche 5 juillet 2009

Jardin de Monet


Mon amie Joanne Morency vient de m'envoyer cette extraordinaire photographie prise aujourd'hui à Maria, en Gaspésie. Il pleuvait et c'est ce qu'elle voyait de sa fenêtre. Cela lui a inspiré un haïku:

"la pluie
de plein fouet sur ma vitre
jardin de Monet"

Joanne Morency

samedi 4 juillet 2009

Le sein de Guillevic


Lorsque je doute de la poésie, que se fait plus aiguë en moi le conflit entre l'art et la vie, j'ouvre un recueil de Guillevic et je lis au hasard quelques poèmes. Presque toujours, cela me fait du bien. Ça peut même être parfait pour passer à travers un samedi soir pluvieux du mois de juillet!

Il suffit d'une pierre
Pour y penser (...)

Le temps, le temps
A pu faire d'une flamme
Une pierre qui dort debout.

- Mais ton sein pointe dru
Contre le jour qui traîne.

Guillevic

vendredi 3 juillet 2009

Cher Rodolphe!


Passé la journée à lire le Journal du peintre Rodolphe Duguay. Cet homme, tout dévoué à la peinture, me passionne. Je vous offre une gravure de Duguay accompagné d'un haïku de Lise Julien, extrait du recueil collectif Écris-moi un jardin.

soupir du vent
frôlement dans les arbres
comme paroles