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jeudi 3 septembre 2009

Souvenirs d'été (2)



Un autre beau moment de l'été: mon après-midi à l'atelier de l'artiste-peintre Claire Boucher. J'ai été ému par ce lieu, tout simple, (acrylique, pastel, graphite, crayons de couleur, papiers, toiles) profondément habité et à l'écoute du monde. J'ai également visité la Galerie-boutique Manu Factum à Nicolet où il est possible de voir les oeuvres récentes de l'artiste. Et ces deux magnifiques fleurs de Claire, je voudrais les accompagner d'extraits d'un poème de Rilke intitulé Les roses:

"De ton rêve trop plein
fleur en dedans nombreuse,
mouillée comme une pleureuse
tu te penches sur le matin (...)

Été: être pour quelques jours
le contemporain des roses;
respirer ce qui flotte autour
de leurs âmes écloses (...)

Seule, ô abondante fleur,
tu crées ton propre espace (...)"

Rainer Maria Rlike, Vergers, Gallimard, 1926

mercredi 2 septembre 2009

Souvenirs d'été

Un beau moment de l'été 2009: mon séjour chez le poète Pierre Chatillon. De longues discussions sur la vie et la poésie, visite de la Maison Rodolphe-Duguay à Nicolet et superbe promenade en bateau sur le lac Saint-Pierre. Pour donner une idée de l'atmosphère de cette sortie sur le lac, voici un extrait du très beau recueil Les Chants:

"j'ai besoin de me saouler d'air pur
j'ouvre une bouteille de rayons liquides
et l'alcool de l'été me réchauffe le corps
je fonce à grande vitesse
en direction du lac Saint-Pierre
je bats la mesure
j'écoute la musique de la lumière
qui pulse au rythme de mon moteur
des trompettes d'or célestes
sonnent de joie à mes oreilles
flûtes et clarinettes sifflent dans le vent
et c'est toute la section des cordes qui s'anime
dans le frisson des vaguelettes
crescendo de vitesse qui m'enivre
concerto pour bateau
et orchestre d'air et d'eau" (...)

Pierre Chatillon, Les Chants, Écrits des Forges, 2001

mardi 1 septembre 2009

Les commencements


Je viens de terminer le tout nouveau recueil de Guy Goffette: Tombeau du Capricorne aux Éditions Gallimard. Depuis ma lecture d'Éloge pour une cuisine de province en 2000, je ne manque aucune nouvelle publication de ce poète d'origine belge. Les premières lignes sont extraordinaires, le lecteur embarque immédiatement dans le rythme du poème. Voici le tout début du livre:

"Les commencements sont nombreux, mais c'est toujours la même histoire,
celle d'un homme que le petit matin dans la rue saisit par le col,
alors qu'il était sorti pour acheter une baguette à la boulangerie.
Et voilà que ce qu'il croyait établi dans sa vie, le chemin tracé, une femme avec un chat parmi les livres,
voilà que la rue humide et riante sous le premier soleil avec son odeur de nouveau-né,
flanque tout par terre, le petit matin, le ciel, le chemin, la boulangerie,
et lui ne sait plus rien tout à coup (...)"

lundi 10 août 2009

L'arbre le temps


Tout à l'heure, je faisais du ménage dans ma bibliothèque. C'est avec émotion que j'ai relu des passages d'un très beau livre du poète français Roger Giroux (1925-1974): L'arbre le temps édité au Mercure de France en 1964. Seul L'arbre le temps fut publié de son vivant. Ses autres livres sont posthumes. Il avait volontairement décidé de ne plus publier. Voici un poème que j'aime beaucoup:

"Un oiseau, lorsqu'il va, sur la mer,
Porter mémoire de la terre à la limite de ce jour
De lumière et d'amour, un oiseau...

Comment dire cela sans défaire l'ouvrage
Des yeux, des mains, et de tout le visage,
Et sans briser en nous l'oiseau et le langage...
Comment dire cela sans rougir, et se taire?

Toute oeuvre est étrangère, toute parole absente,
Et le poème rit et me défie de vivre
Ce désir d'un espace où le temps serait nul.
Et c'est don du néant, ce pouvoir de nommer

Un oiseau, lorsqu'il va, sur la mer, comme on respire,
Cet instant qui ne dure que pour mourir, là-bas,
Depuis le commencement du monde jusqu'au dernier naufrage,
Et peut-être plus loin, vers la dernière étoile,
La première parole, ô comment dire cela..."

Roger Giroux, L'arbre le temps, p. 37

lundi 3 août 2009

Tous les horizons


Je viens de terminer la lecture d'une petite plaquette de poésie de Rainer Maria Rilke, tout juste réimprimée chez Actes Sud: Le livre de la pauvreté et de la mort. Voici un extrait:

"Que je sois le veilleur de tous tes horizons...
Permets à mon regard plus hardi et plus vaste
d'embrasser soudain l'étendue des mers.
Fais que je suive la marche des fleuves
afin qu'au-delà des rumeurs de leurs rives
j'entende monter la voix silencieuse de la nuit.

Conduis-moi dans tes plaines battues de tous les vents
où d'âpres monastères ensevelissent entre leurs murs,
comme dans un linceul, des vies qui n'ont pas vécu..." (p. 18-19)

lundi 13 juillet 2009

La montagne vide


La montagne vide est une précieuse anthologie de la poésie chinoise du III ième au XI ième siècle. Traduit et présenté par Patrick Carré et Zéno Bianu, ce livre rare nous permet de cheminer avec les sages, les maîtres et les grands poètes classiques de la Chine. On y entend la parole de poètes vagabonds. Ce sont des "poèmes-randonnées" qui nous invitent à prendre les sentiers. Voici un texte magnifique de Tso Sseu, poète qui a vécu de 250 à 306 de notre ère:

À LA RECHERCHE DE L'ERMITE

"Canne au poing, je recherche l'ermite
Par un chemin abandonné en travers du temps.
Comment accéder à sa grotte dans la paroi?
La montagne résonne à son luth...

Les nuages blancs se heurtent au promontoire de l'ombre,
Les fleurs rouges s'allument au bois de lumière.
Entre les pierres, je bois à la source d'ambroisie
Où virevolte un éclair d'écailles.

Cordes et vents sont de trop
Quand le paysage est pure musique.
À quoi bon le chant des hommes?
- Les arbrisseaux savent pleurer.

J'ai pour me nourrir les chrysanthèmes,
Des pans d'orchidées pour me vêtir.
Pris de doute mon pas hésite:
J'en jetterais ma coiffe!"

Tso Sseu

jeudi 9 juillet 2009

Une pierre de Guillevic


Rien de mieux qu'un bon vieux poème de Guillevic pour terminer une superbe soirée d'été. Enfin!

"Si un jour tu vois
Qu'une pierre te sourit,

Iras-tu le dire?"

Eugène Guillevic

mardi 7 juillet 2009

Louis Guillaume


Le poète Louis Guillaume (1907-1971) fut l'ami de Gaston Bachelard avec lequel il eut une importante correspondance. Elle vient d'être publiée aux Éditions La Part Commune. Il existe une association "Les Amis de Louis Guillaume" et un site internet www.louis-guillaume.com. J'aime très profondément sa poésie. Voici un extrait d'un poème intitulé "Ombelles":

"L'ombre d'une hirondelle sur l'ardoise,
son double dans l'étang à l'orée du village
où l'église est close au milieu des tombes,
où le boucher trône en plein sang,
voici le bouquet sans joie que je t'apporte.
Mais voici ton bras chargé de fleurs sauvages,
ta robe où soleil et nuit se mèlent,
ton pas qui trace un chemin droit
à travers la peine des hommes,
ton regard où tous les oiseaux se réunissent,
et l'ombre se transforme en flammes,
les bêtes vivent de nouveau,
les arbres plient sous les prières.
Tu souris d'être simplement présente,
toi qui dispenses la richesse"

Louis Guillaume

dimanche 5 juillet 2009

Jardin de Monet


Mon amie Joanne Morency vient de m'envoyer cette extraordinaire photographie prise aujourd'hui à Maria, en Gaspésie. Il pleuvait et c'est ce qu'elle voyait de sa fenêtre. Cela lui a inspiré un haïku:

"la pluie
de plein fouet sur ma vitre
jardin de Monet"

Joanne Morency

samedi 4 juillet 2009

Le sein de Guillevic


Lorsque je doute de la poésie, que se fait plus aiguë en moi le conflit entre l'art et la vie, j'ouvre un recueil de Guillevic et je lis au hasard quelques poèmes. Presque toujours, cela me fait du bien. Ça peut même être parfait pour passer à travers un samedi soir pluvieux du mois de juillet!

Il suffit d'une pierre
Pour y penser (...)

Le temps, le temps
A pu faire d'une flamme
Une pierre qui dort debout.

- Mais ton sein pointe dru
Contre le jour qui traîne.

Guillevic

vendredi 3 juillet 2009

Cher Rodolphe!


Passé la journée à lire le Journal du peintre Rodolphe Duguay. Cet homme, tout dévoué à la peinture, me passionne. Je vous offre une gravure de Duguay accompagné d'un haïku de Lise Julien, extrait du recueil collectif Écris-moi un jardin.

soupir du vent
frôlement dans les arbres
comme paroles


jeudi 2 juillet 2009

Haikus en fleurs


Voici deux haïkus magnifiques lus dans Écris-moi un jardin, recueil collectif sous la direction de André Vézina. Au fil des saisons, dix-sept haïkistes explorent en mots et en images le Jardin botanique Roger-Van den Hende de Québec. Un livre d'une très grande qualité.

îlots de pivoines
arrêter de respirer
pour mieux les voir

Claire Bergeron



fête des fleurs
difficile de faire une photo
trop de photographes

André Vézina

lundi 29 juin 2009

Paysage


Depuis quelques années la poésie Suisse romande me passionne. J'admire l'oeuvre de Philippe Jaccottet, Gustave Roud et Anne Perrier. Mais j'ai aussi une affection particulière pour Jean-Georges Lossier (1911-2004) et sa poésie à la fois intime et cosmique.

"PAYSAGE

Là commence une plaine infinie
Et plus loin encore l'histoire s'arrête,
Le ciel repose lourdement sur le lac
Au fond de la chambre le bonheur moud son grain.

Butant contre les parois de pierre
L'air incendie la cour de l'été,
Il nous est donné de ne plus souffrir,
Tout se tait dans la douce laine des jours."

dimanche 28 juin 2009

Il existe pourtant


Je feuilletais, tout à l'heure, un magnifique catalogue d"oeuvres de Paul Cézanne. J'ai repensé avec émotion à ce beau poème de Marie Uguay qui commence par Il existe pourtant...

"Il existe pourtant des pommes et des oranges
Cézanne tenant d'une seule main
toute l'amplitude féconde de la terre
la belle vigueur des fruits
Je ne connais pas tous les fruits par coeur
ni la chaleur bienfaisante des fruits sur un drap blanc
(...)

et se termine ainsi

Doucement Cézanne se réclame de la souffrance du sol
de sa construction
et tout l'été dynamique s'en vient m'éveiller
s'en vient doucement éperdument me léguer ses fruits"

samedi 27 juin 2009

Poètes à venir


Walt Whitman (1819-1892) est probablement le poète américain le plus célèbre. Il fait figure de père de la nation. Sa photo se retrouve dans les écoles et les enfants lisent sa poésie. Il a consacré sa vie à écrire Feuilles d'herbe, son seul recueil qu'il modifiera jusqu'à la fin de ses jours. Relire sa poésie me fait toujours du bien. Voici un très beau texte de Whitman où il salue les poètes de demain.

"Poètes à venir! Tribuns, chanteurs, musiciens à venir!
Je ne demande pas au Présent ma raison d'être.
Le Présent ignore pourquoi je suis.
Mais vous, nouvelle couvée, couvée insulaire, athlétique, cosmopolite, plus grande que toutes,
Levez-vous! Avancez et grandissez!
Je n'écris que deux ou trois mots indicateurs de l'avenir;
Je suis celui qui n'accomplit que quelques pas et se retire dans ses ténèbres originelles;
Je suis l'homme qui va sur la route, sans fléchir, jette un regard léger vers vous, et vous retire son visage,
Vous laissant la tâche de prouver, de définir,
Espérant de vous les mots essentiels."

jeudi 25 juin 2009

La fleur de l'enfant


Le matin, lorsque le soleil est encore tout jeune, j'aime bien lire Henry David Thoreau (1817-1862)! Son Journal, considéré comme l'un des plus beaux textes de la littérature américaine, m'est toujours une source de joie. Voici un extrait (relu au hasard ce matin) que j'avais souligné en 2003 dans mon exemplaire, très précieux, de son Journal:

"Je crains bien que l'enfant qui cueille une fleur pour la première fois n'ait une intuition de sa beauté et de sa signification que le botaniste ensuite ne gardera pas."

mardi 23 juin 2009

10 ans déjà... Perrault


Pierre Perrault est mort il y a dix ans, le 24 juin 1999. Pour souligner l'événement, je propose un extrait de son poème le plus célèbre. Un texte écrit en hommage à Marie Tremblay de l'ile aux Coudres, lumineux "personnage" de ses films Pour la suite du monde et Le règne du jour.

"LA CHANSON DE MARIE

la pomme rouge et la gelée blanche
puisqu'on parle de la vie
tourmentent le même jour
le pommier doux

dis marie
mon grand pays
au bout de ce grand bout de neige
dis ce que tu penses de la terre

de la terre qui reprendra nos visages
pour en faire des feuillages
aux branches du coudrier"

lundi 22 juin 2009

Eeva-Liisa Manner


J'aime beaucoup la petite collection Orphée des Éditions La Différence. Des recueils en format poche qui nous font découvrir des poètes de partout à travers le monde. Il y a quelques temps, par hasard, j'ai acheté Le Rêve, l'ombre et la vision de Eeva-Liisa Manner. Il s'agit de la poète nationale de Finlande. Voici un extrait d'un poème très émouvant intitulé Reflets:

"Le cheval s'avance sur le ponton et se penche sur l'eau,
du profond de l'eau s'élève un autre cheval à sa rencontre.

Le cheval boit et secoue de son harnais
une musique aléatoire dans le doux soir.

Le cheval nage et passe un gué profond,
créature couleur terre, chair, nerfs et liesse,

alentour le soleil et son or déversé."

vendredi 19 juin 2009

Une poète d'Iran


J'ai fait une belle découverte sur Internet. Granaz Moussavi est une poète Iranienne, née en 1973 à Téhéran, qui publie ses recueils à ses frais et sous forme de samizdat (diffusion clandestine des ouvrages interdits par la censure). Le peuple iranien est un grand peuple et les prochains jours s'avèrent importants pour la liberté de parole dans ce pays.

"FAUTE

Alors qu'un peu plus loin
Le monde se résume
À la pomme qu'Ève offre à Adam

Ici
Commettre une faute
C'est trouver le calme dans tes bras
Et dire que je suis fatiguée
D'entendre
La hache,
La hache abattre la forêt"

jeudi 18 juin 2009

le soleil levant de l'invisible


Christian Bobin, dans un superbe essai sur Émily Dickinson intitulé La dame blanche, écrit:

"Bien avant d'être une manière d'écrire, la poésie est une façon d'orienter sa vie, de la tourner vers le soleil levant de l'invisible".