mardi 16 juin 2009

La belle Émily


Je viens de passer un mois avec Émily Dickinson (1830-1886). J'avais le sentiment d'habiter sa petite chambre d'Amherst en Nouvelle-Angleterre et de lire ses poèmes par dessus son épaule. J'ai lu avec passion tout ce que j'ai pu trouver à son sujet: poèmes, essais, dossier sur Internet.

À l'heure où de nombreux poètes se jettent sous le premier projecteur venu, comme il est bon de lire une poète qui ne faisait pas carrière et n'a pas croulé, de son vivant, sous les prix et les honneurs.

Qu'un puits recèle de mystère!
L'eau habite si loin -
Voisine venue d'un autre univers
Logée dans une jarre

Dont nul n'a jamais vu les bords,
Sinon ce couvercle de verre -
Par où contempler à loisir
La face d'un abîme!

L'herbe ne paraît pas intimidée
Et souvent je m'étonne
Qu'elle fixe, si proche et si hardie,
Ce qui fait mon effroi.

Un lien l'unit à l'eau peut-être,
Les joncs jouxtent la mer
Là où cesse la rive
Et ne trahissent nulle crainte -

Mais la nature reste une étrangère;
Ceux qui en parlent le plus
N'ont jamais passé sa maison hantée
Ni élucidé son spectre.

On plaint moins qui l'ignore
Si l'on songe à regret
Qu'on la connaît d'autant moins
Qu'on l'a le plus approchée.

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